Réforme des retraites : « L’Europe peut apporter une plus-value »
14 février 2011 - Emploi et Affaires Sociales , Mes dernières actualités
La réforme des systèmes de retraites est inévitable en Europe, mais comment faire ? Le sujet est sensible politiquement et les gouvernements qui s’y attaquent se heurtent à d’énormes difficultés. L’Allemand Thomas Mann (Parti populaire européen) propose que l’Union européenne encourage les gens à travailler plus longtemps et, dans le même temps, à favoriser l’emploi des jeunes. Entretien.
Le rapport de Thomas Mann sur la solidarité entre les générations a été présenté devant la commission parlementaire de l’emploi et des affaires sociales le 1er juin. Son adoption en session plénière n’est pas prévue avant le mois d’octobre 2010.
Qu’est-ce que la « solidarité intergénérationnelle » ?
Thomas Mann : C’est le partage des avantages et des charges entre les générations. Le modèle social européen se base sur une diversité de modèles et d’idées nationales. Une définition est indispensable pour faciliter un débat politique et public clair, transparent, précis.
Vous soulignez la nécessite de soutenir l’emploi des plus de 60 ans mais dans le même temps vous parlez de lutter contre le chômage des jeunes. Il n’y a pas si longtemps, les retraites anticipées étaient encore vues comme une solution pour favoriser l’emploi des jeunes. Comment créer de l’emploi pour les jeunes comme les séniors ?
TM : Le marché de l’emploi et l’économie seront soumis à des changements structurels majeurs. Il y aura plus de travailleurs « expérimentés », plus de retraités, plus de personnes âgées de plus de 80 ans et, en même temps, moins d’enfants, moins de jeunes et moins d’adultes en âge de travailler.
On ne peut pas résoudre des problèmes multiples par une seule solution. C’est pourquoi je propose un ensemble de mesures. Par exemple, avec la Garantie européenne pour la jeunesse, chaque jeune se verrait proposer un emploi après six mois de chômage. Je propose un « pacte » pour les plus de 50 ans : faire passer leur taux d’activité au-dessus de 55 %, supprimer progressivement les retraites anticipées, augmenter la formation tout au long de la vie et inciter les plus de soixante ans à continuer de travailler.
Ce pacte devrait être accompagné par des mesures spécifiques comme le développement d’équipes intergénérationnelles dans les entreprises et la révision et la suppression des limites d’âge.
L’allongement de la durée de cotisation et la baisse des retraites sont souvent vus comme les seuls remèdes aux problèmes démographiques et budgétaires. N’y en at-il pas d’autre ?
TM : Il y a beaucoup de façons d’atteindre les objectifs. Dans mon rapport, je montre que les politiques familiales, migratoires ou économiques offrent également des approches intéressantes : équilibre entre vie professionnelle et personnelle, vision centrée sur l’enfant (…).
Vous parlez de surveiller les efforts des Etats membres. Vont-ils trop lentement ? Comment améliorer la mise en oeuvre de votre stratégie en ces temps de restrictions budgétaires ?
TM : Les principaux instruments pour favoriser la justice intergénérationnelle sont entre les mains des Etats. L’Europe peut apporter une plus-value en créant les conditions et les instruments d’un dialogue ouvert et honnête entre les générations, permettant d’arriver à une situation où tout le monde est gagnant.
La Commission européenne et le Conseil de l’UE (représentant les Etats membres, ndlr) devrait donc établir une « comptabilité générationnelle européenne » se basant sur l’Office européen des statistiques (Eurostat). Le but serait de modéliser et de prévoir les flux financiers entre les générations et déterminer les bénéfices et les charges portant sur chacune.
L’interview a été menée en anglais.